Depuis 2000, aucun bâton n’a le droit de toucher les sentiers du Grand Raid de La Réunion. Le site spécialisé u-Trail conteste l’argument environnemental de cette règle. Selon ses estimations, les bâtons représentent moins de 0,1 % des émissions liées à l’événement, alors que l’avion en pèse plus de 95 %.
L’éditorial ne remet pas en cause l’intention de la règle. Il en conteste la portée. Selon le média, une épreuve où quelque 7 000 coureurs arrivent par avion ne peut pas présenter l’interdiction des bâtons en carbone comme une mesure écologique. Pour lui, il s’agit surtout d’un symbole.
Une interdiction née d’un accident en 2000, pas d’un bilan carbone
Il faut d’abord rappeler l’origine de la règle, car elle n’a rien d’écologique. D’après le site suisse Watson, qui reprend des informations de L’Équipe, l’interdiction remonte au début des années 2000. Elle a suivi un accident impliquant deux traileurs. La version d’u-Trail est la même : lors d’une course, un bâton mal utilisé a blessé un coureur, et l’organisation a ensuite banni ce matériel de toutes ses épreuves. Au départ, la règle répondait donc à un problème de sécurité. L’argument environnemental a été ajouté plus tard.
Le règlement ne laisse aucune marge. Il interdit « tout usage d’un bâton, de quelque type que ce soit ». La sanction est une pénalité d’une heure, et le coureur fautif n’est pas disqualifié. u-Trail précise même qu’il est interdit de couper des branches pour fabriquer un bâton de fortune. La règle vaut pour toutes les courses du Grand Raid : le Trail de Bourbon (100 km), la Mascareignes (70 km), le Métis Trail (50 km) et le Zembrocal Trail, un relais à quatre sur 149 km. Selon L’Équipe, elle concerne au total 7 200 coureurs.
Ce choix fait exception parmi les grands ultras techniques, où les bâtons sont généralement autorisés et souvent jugés indispensables dans les longues montées. C’est pour cela que la justification avancée compte autant : interdire un équipement que le reste du circuit mondial accepte suppose des raisons solides.
Pointe en carbure contre semelle : l’érosion par les bâtons, un effet jamais mesuré
L’argument de l’organisation part d’un constat de terrain. Un membre de l’équipe du Grand Raid explique à L’Équipe que les sentiers réunionnais sont « jeunes ». Selon lui, les bâtons multiplient les impacts et abîment les sols. Le parcours passe aussi par des zones protégées comme le cirque de Mafate et le Parc national, inscrits au patrimoine mondial de l’Unesco.
Le mécanisme mérite d’être détaillé. Une pointe de bâton concentre la force d’appui sur une surface de quelques millimètres carrés, alors qu’une semelle la répartit sur toute la surface du pied. C’est la différence entre un talon aiguille et une chaussure plate sur un parquet tendre. En descente, le bâton agit aussi comme un levier : planté entre deux pierres, il peut desceller un bloc ou creuser une petite cavité. La pluie agrandit ensuite cette cavité. Sur un sol volcanique peu consolidé, le principe n’a rien d’absurde.
Mais aucune mesure ne vient étayer ce principe. u-Trail affirme qu’aucune étude d’impact indépendante n’a jamais montré que les bâtons dégradent plus les sentiers que les milliers de pieds qui les parcourent chaque année. Traduction : l’argument n’est pas faux en théorie, mais personne ne l’a vérifié. Une règle présentée comme environnementale repose donc sur une intuition, et non sur des données de terrain.
Grand Raid : sécurité, sentiers et bilan carbone
Plus de 95 % des émissions liées aux vols long-courriers
C’est sur ce point que l’éditorial est le plus percutant. u-Trail compare deux postes : l’effet environnemental des bâtons, qu’il estime à moins de 0,1 % du total des émissions de l’événement, et le transport aérien des participants, qui en représenterait plus de 95 %. Ces chiffres sont des ordres de grandeur avancés par une rédaction. Ils ne viennent pas d’un bilan carbone certifié publié par l’organisateur. Mais l’écart entre les deux est tel qu’une marge d’erreur importante ne changerait pas la conclusion.
Le raisonnement est simple. La Réunion se trouve dans l’océan Indien, à un vol long-courrier de la métropole. Chaque coureur venu de l’Hexagone ou de l’étranger ajoute un aller-retour en avion, sans compter les accompagnateurs et les équipes d’assistance. Sur un événement de cette taille, ce poste écrase tous les autres. Interdire les bâtons pour des raisons écologiques revient à changer les ampoules d’une maison chauffée fenêtres ouvertes. La règle paraît vertueuse, mais son effet sur le bilan global est presque nul.
Cette critique fait partie d’une série plus large chez u-Trail. Le média a regroupé ses positions dans un dossier sur l’écologie dans le trail. Il y défend aussi l’idée que « le trail n’est pas écolo » et dénonce l’hypocrisie écologique de la suppression des gobelets et bouteilles au Marathon de Paris. Cette ligne éditoriale assumée invite à lire ses chiffres avec prudence. Elle n’invalide pas pour autant l’écart qu’il met en évidence.
175 km et 10 500 m D+ : l’argument de la sécurité tient mieux
L’argument écologique est fragile, mais celui de la sécurité est solide. Selon Outre-mer La 1ère, l’édition 2025 de la Diagonale des Fous comptait 175 km et 10 500 m de dénivelé positif. Elle a eu lieu du 16 au 19 octobre, avec 2 845 coureurs au départ de Saint-Pierre le jeudi à 22 h. Le tracé traverse l’île du sud au nord, par les cirques de Cilaos, Salazie et Mafate.
Le règlement explique lui-même pourquoi les bâtons y posent problème : il y a « trop de monde », le dénivelé est « trop fort » et les sentiers sont « trop étroits ». L’organisation ajoute que les bâtons peuvent blesser des coureurs ou provoquer des chutes de pierres. Le terrain aggrave le risque : racines, cailloux et marches se succèdent sur des kilomètres. Sur une file de coureurs serrés en montée, une pointe qui glisse sur une roche humide arrive à hauteur du tibia ou du visage du coureur suivant. La fatigue de la deuxième nuit rend les gestes moins précis, et ce risque augmente. Contrairement à l’argument écologique, celui-ci a un précédent, puisque c’est un accident qui a déclenché l’interdiction.
Les coureurs ne vivent pas tous cette règle de la même façon. Les Réunionnais s’entraînent sans bâtons toute l’année et ne font travailler que leurs jambes. Selon Watson, cette habitude locale peut avantager les favoris de l’île. Pour les élites venues d’ailleurs, il faut adapter sa préparation. La Suissesse Emily Vaudan l’avait reconnu avant le départ : « Ce sera ma première course sans bâtons. C’est une appréhension. »
Un motif à clarifier avant que d’autres courses copient la règle
Cette confusion a des conséquences au-delà de La Réunion. Dans un autre texte, u-Trail observe que des organisateurs en métropole interdisent aussi les bâtons parce que la Diagonale le fait, sans adapter la règle à leur terrain. Une mesure pensée pour un réseau de sentiers volcaniques étroits et très fréquentés est alors appliquée ailleurs comme une norme écologique générale. Elle y perd sa principale justification, la sécurité dans un contexte local précis.
Le Grand Raid aurait pourtant un argument simple à défendre : interdire les bâtons protège les coureurs sur des sentiers saturés. Ce motif suffit, et il est documenté. En y ajoutant une dimension environnementale qui n’a jamais été mesurée, l’organisation s’expose à la critique d’u-Trail. Le contraste entre une règle sur des tubes en carbone et le transport aérien de milliers de participants est trop visible pour passer inaperçu.
La question suivante ne porte donc plus sur les bâtons. Elle porte sur les déplacements des coureurs, qui représentent l’essentiel de l’empreinte de l’épreuve. Le Grand Raid publiera-t-il un jour un bilan carbone détaillé de la Diagonale des Fous, avec des mesures sur ce poste dominant ?
Bâtons à la Diagonale des Fous : les faits clés
- Bâtons interdits sur toutes les courses du Grand Raid depuis 2000
- Infraction sanctionnée par une pénalité d'une heure
- Fabriquer un bâton avec des branches est aussi interdit
- Selon u-Trail, l'avion pèse plus de 95 % des émissions de l'événement
- Diagonale 2025 : 175 km et 10 500 m D+
- 2 845 coureurs au départ de Saint-Pierre en 2025
Cet article a été rédigé avec l'assistance de l'intelligence artificielle à partir de sources journalistiques.
Sources
- L'interdiction des bâtons de trail à la Diagonale des Fous n' …
- Pourquoi les bâtons sont interdits sur la Diagonale des Fous ?
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