Jeudi 15 octobre, 22 heures, Saint-Pierre. Vincent Esmiol s’élance sur la Diagonale des Fous 2026, prend les commandes dans la nuit et pointe seul en tête au lever du jour à Hell-Bourg. Quatorze heures plus tard, c’est pourtant Hugo Deck qui franchit la ligne au stade de La Redoute. Entre ces deux images, il y a le cirque de Salazie, les îlets de Mafate, la longue rampe du Maïdo et le soleil réunionnais qui s’installe sur les sentiers. Le site u-Trail a résumé l’histoire d’une formule qui parle aux initiés : Esmiol « nous a fait une Théo Detienne ». L’expression désigne ce scénario que la Diag connaît bien, celui d’un coureur qui dynamite la course, la tient à bout de bras pendant des heures, puis voit le peloton de tête revenir quand le terrain se durcit. À l’arrivée, le coureur du Team Kiprun ne figure ni sur le podium, remporté par Hugo Deck en 22 h 54 min 19 s devant Robin Juillaguet et le Belge Jérôme Vanderschaeghe, ni à la quatrième place, revenue au Réunionnais Judicaël Sautron. La 34e édition du Grand Raid a donc couronné la patience plutôt que l’audace.
De Domaine Vidot à Hell-Bourg, 80 kilomètres en éclaireur
Le départ est donné à 22 heures, heure de La Réunion, 20 heures en métropole. Sur le front de mer de Saint-Pierre, la foule s’écarte, les frontales s’allument et le cortège attaque les premières pentes. Dans ces premiers kilomètres, Vincent Esmiol ne se montre pas. Au Domaine Vidot, au 14e kilomètre, c’est le dossard 903, Adrien Karim Chouchou, qui pointe en tête après 1 h 10 min 27 s de course.
Puis la nuit change de maître. Au Parking Aire Nez de Bœuf, au kilomètre 45,4, Esmiol passe en premier en 4 h 24 min 29 s. Dix kilomètres plus loin, à Mare à Boue (km 55,7), il pointe en 5 h 19 min 51 s. Les suiveurs de u-Trail sortent alors les tablettes : le Français compterait environ neuf minutes d’avance sur le temps de passage de Baptiste Chassagne en 2025, l’année où celui-ci avait remporté la course.
Le chrono affole. Et il ne ralentit pas.
À 6 h 44, Esmiol entre seul dans Hell-Bourg, au cœur du cirque de Salazie, après 80,7 kilomètres. D’après Stadion, il possède alors près de 25 minutes d’avance sur un duo formé par Hugo Deck et Jean-Philippe Tschumi. Dans un plateau privé de Mathieu Blanchard, de Clemquicourt et de Théo Detienne, la Diagonale tient son homme fort, et u-Trail le dit sans détour : Vincent Esmiol « a dynamité la nuit ». Le récit semble écrit d’avance. Il ne l’est pas.
Sixième en 2024, lauréat du MIUT : une attaque qui n’avait rien d’irréfléchi
Il serait facile de lire la nuit d’Esmiol comme un coup de folie. Son parcours dit autre chose. Le coureur s’était classé 6e de la Diag 2024, il connaît donc le profil de l’île, ses marches de basalte, ses descentes interminables et ses remontées sans ombre. Depuis, il a enchaîné les références sur ultra : victoire sur le 100 miles de l’Échappée Belle 2025, dans le massif de Belledonne, puis succès au MIUT 2026, à Madère, sur une course dont la topographie volcanique ressemble à celle de La Réunion.
Avec un tel bagage, partir devant relève d’un calcul autant que d’un tempérament. La nuit offre la fraîcheur, l’isolement et la possibilité de construire un matelas avant que la chaleur ne transforme les cirques en fournaises. Les commentateurs du direct posent pourtant le doigt sur la faille dès le matin : l’avance est importante, mais la chaleur guette. Sur la Diagonale, 80 kilomètres en tête ne valent qu’un peu moins de la moitié du chemin, et la seconde moitié est réputée la plus cruelle.
Comment Hugo Deck a renversé la Diagonale
Mafate, puis le Maïdo : le leader change après 15 h 43 de course
C’est là que tout bascule. Derrière, Hugo Deck court à sa main. Varois de 26 ans, il découvre la Diagonale pour la première fois mais la prépare, selon Outre-mer La 1ère, quasiment depuis ses débuts en trail, lancés à 17 ans. Il n’a jamais quitté le top 4 de la course. Il ne panique pas quand l’écart grimpe à Hell-Bourg, il attend que le relief travaille pour lui.
Le relief s’appelle Mafate. Dans le cirque sans route, où l’on ne circule qu’à pied ou en hélicoptère, Deck grignote. Sur l’une des portions chronométrées, u-Trail relève qu’il reprend exactement 6 min 58 s au leader. Le vainqueur racontera plus tard ce moment à Outre-mer La 1ère : « Mafate m’a souri, c’est là que j’ai fait mon coup d’éclat, c’était magique. »
Le dépassement survient dans la montée du Maïdo, autour du 120e kilomètre, l’un des juges de paix historiques du parcours. Selon Linfo.re, Deck pointe en tête au sommet après 15 h 43 de course, avec quelques minutes d’avance sur Vincent Esmiol. La scène, que les spectateurs du direct ont suivie en temps réel, marque le moment où le leader de la nuit cède sa première place. Hugo Deck file ensuite vers la descente, puis vers le littoral nord, et creuse l’écart dans les dernières heures. Pour Esmiol, la course change de nature : après avoir imposé le tempo pendant plus de quinze heures, il subit celui d’un autre.
Le scénario est cruel mais pas inédit. Sur un ultra de 180 kilomètres, une avance de vingt-cinq minutes au tiers de la course est un capital fragile, que la chaleur, la fatigue musculaire et les montées raides de la seconde partie peuvent dissoudre en quelques heures. Le Maïdo, avec ses lacets exposés au-dessus du cirque, a souvent servi de révélateur. Cette année encore, il a désigné le futur vainqueur.
22 h 54 min 19 s : Hugo Deck signe une première victoire sous les 23 heures
Vendredi 16 octobre, à 20 h 54 heure locale, Hugo Deck franchit la ligne du stade de La Redoute, à Saint-Denis, en 22 h 54 min 19 s, au terme d’environ 180 kilomètres et 10 200 mètres de dénivelé positif selon u-Trail. Il devient, à 26 ans, l’un des plus jeunes vainqueurs de l’histoire de la Diagonale, et passe sous la barre symbolique des 23 heures dès sa première tentative.
Juillaguet à 57 minutes, Sautron premier Réunionnais, Ruth Croft chez les femmes
Derrière le vainqueur, le classement s’étire. Robin Juillaguet prend la deuxième place en 23 h 51 min 54 s, à 57 min 35 s. Le Belge Jérôme Vanderschaeghe complète le podium en 24 h 10 min 35 s, à 1 h 16 min 16 s. Au pied du podium, Judicaël Sautron s’offre la quatrième place et le titre symbolique de premier Réunionnais, une reconnaissance qui pèse lourd sur une île où la Diag tient de la fête populaire.
Chez les femmes, la course n’a jamais vraiment changé de visage. La Néo-Zélandaise Ruth Croft, déjà en tête à Hell-Bourg au matin, l’emporte à 37 ans en 27 heures et 13 minutes, selon Outre-mer La 1ère. Une victoire construite comme celle de Deck, sans à-coups, avec la régularité comme principale arme.
Le contraste entre les deux vainqueurs et le leader de la nuit dessine une leçon que la Diagonale répète d’édition en édition : la course se gagne rarement à Hell-Bourg et presque toujours après Mafate. Vincent Esmiol a offert à cette 34e édition son chapitre le plus spectaculaire, celui que les suiveurs ont veillé jusqu’à l’aube devant leurs écrans. Il en ressort sans la victoire, mais avec la démonstration qu’il peut tenir le rythme des meilleurs pendant plus de la moitié de la course. Choisira-t-il, lors d’une prochaine venue sur l’île, de laisser filer la nuit pour frapper au Maïdo, comme Hugo Deck cette année ?
Diag 2026 : la course d'Esmiol en bref
- Départ jeudi 15 octobre à 22 h de Saint-Pierre
- Vincent Esmiol seul en tête à Hell-Bourg (km 80,7)
- Hugo Deck passe devant dans la montée du Maïdo
- Deck gagne en 22 h 54 min 19 s à 26 ans
- Podium : Deck, Juillaguet, Vanderschaeghe
- Ruth Croft remporte la course féminine
Cet article a été rédigé avec l'assistance de l'intelligence artificielle à partir de sources journalistiques.




