Sept adhérents de l’Association Trail du Bien-Être de Mamoudzou (ATBM) ont pris l’avion ce lundi 12 octobre pour La Réunion, où s’ouvre jeudi la 34e édition du Grand Raid. Deux d’entre eux s’aligneront sur la Diagonale des Fous, cinq sur le Trail de Bourbon. Le paradoxe mérite d’être posé : Mayotte n’offre à ses coureurs aucun relief comparable aux cirques et aux remparts réunionnais, et pourtant ses traileurs reviennent chaque automne sur les sentiers de leurs voisins, avec la constance d’un rendez-vous rituel. D’après Mayotte La 1ère, le groupe s’apprête à affronter « les sentiers escarpés et les climats extrêmes » d’une épreuve programmée du 15 au 18 octobre, dont la course reine figure parmi les ultra-trails les plus exigeants de la planète. Le déplacement n’a rien d’une première pour l’association, qui a déjà envoyé plusieurs délégations ces dernières années et bâtit, édition après édition, une petite tradition mahoraise au cœur de la plus grande fête sportive de l’océan Indien.
Deux Mahorais face aux 10 200 mètres de la Diagonale
La Diagonale des Fous partira le jeudi 15 octobre à 22 heures de Ravine Blanche, à Saint-Pierre. Au programme : 180 kilomètres, 10 200 mètres de dénivelé positif et une barrière horaire fixée à 66 heures pour rallier le stade de La Redoute, à Saint-Denis. Pour mesurer l’écart avec un ultra classique, ce cumul d’ascension dépasse l’altitude de l’Everest, avec en prime une traversée des paysages volcaniques, des cirques et des remparts de l’île, de nuit comme de jour.
« Deux adhérents vont s’aventurer sur la Diagonale des Fous », résume Ali Djae Mgomri, membre de l’ATBM, invité du Zakwéli de Mayotte La 1ère. L’homme connaît le terrain : il a déjà bouclé cette traversée, et se souvient s’être préparé pendant un an avant sa première participation.
Un an de préparation pour trois jours d’effort.
Le ratio éclaire la nature de l’engagement. À la différence d’un marathon, où l’entraînement se mesure en semaines de volume kilométrique, l’ultra-trail réunionnais exige d’accumuler du dénivelé, d’apprivoiser les descentes techniques et de gérer le manque de sommeil. Pour des coureurs basés à Mayotte, cette préparation suppose de composer avec un relief plus modeste et un climat chaud et humide, ce qui transforme chaque sortie longue en exercice d’adaptation. Le temps maximal de 66 heures laisse une marge, mais il rappelle aussi que la course se joue autant sur la gestion de la fatigue que sur la vitesse pure.
Cinq coureurs sur les 106 kilomètres du Trail de Bourbon
Le gros de la délégation a choisi une autre épreuve. Cinq adhérents participeront au Trail de Bourbon, « qui n’est pas simple non plus puisqu’il fait quand même 106 km », précise Ali Djae Mgomri. Deuxième épreuve individuelle du Grand Raid par la distance, le Bourbon sert souvent de marchepied vers la Diagonale : assez long pour éprouver l’organisme sur la durée, assez court pour se terminer sans une deuxième nuit blanche.
À titre de comparaison, les meilleurs bouclent ce parcours en un peu plus de treize heures. En 2025, le Français J. Breton l’a emporté en 13 h 38 min 29 s, devant A. Depeche, à moins de quatre minutes, selon les résultats publiés par l’organisation. Pour un amateur, l’objectif se situe ailleurs : franchir la ligne dans les délais, sans abandon.
Le programme 2026 s’articule autour de cinq courses qui convergent toutes vers Saint-Denis. Outre la Diagonale (181 km dans la présentation de la plateforme RacePlan) et le Bourbon, le Grand Raid aligne la Mascareignes (75 km), le Métis Trail (54 km) et le Zembrocal, un relais de 160 km disputé par équipes de quatre. Les départs sont échelonnés entre le jeudi soir et le samedi, afin que les coureurs des différentes épreuves arrivent au stade de La Redoute à peu près au même moment. Les itinéraires traversent les trois cirques, Cilaos, Mafate et Salazie, et la plaine des Sables, ce décor lunaire qui marque les esprits de tous les participants.
Ce que la Diagonale exige des Mahorais
Douze Mahorais en 2025, trois finishers de la Diagonale un an plus tôt
Pour comprendre la portée de ce nouveau départ, il faut remonter le fil des éditions précédentes. En octobre 2025, après trois jours de course, douze coureurs représentaient Mayotte, dont six engagés sur la Diagonale des Fous, alors longue de 175 kilomètres, selon le récit de Mayotte La 1ère. Le premier Mahorais avait franchi la ligne vers 9 heures, le deuxième vers 11 h 30, les derniers vers 16 heures, avant de récupérer entre sommeil et massages.
Un membre de l’association, Tostao, mesurait alors le chemin parcouru : l’année précédente, en 2024, ils n’étaient que trois sur la Diagonale, avec seulement quatre ravitailleurs pour les épauler. En 2025, le groupe, plus fourni, avait pu couvrir davantage de points de ravitaillement. Le détail compte. Sur un ultra de cette ampleur, l’assistance personnelle, quelques visages connus, un sac de rechange, un repas chaud, pèse souvent autant que l’entraînement.
L’édition 2025 n’avait pas été exempte de revers : l’un des représentants mahorais avait dû renoncer en cours de route, stoppé par un arrêt médical. Un rappel que la course ne pardonne rien, quel que soit le niveau de préparation.
Le contingent mahorais dépasse d’ailleurs largement le seul cercle de l’ATBM. En 2025, Zaidou Tavanday, de l’association, disait avoir relevé « au moins une cinquantaine de coureurs inscrits et domiciliés à Mayotte ». Le même passionné comparait l’événement à un « hadj des traileurs », tant il rassemble des pratiquants venus du monde entier. La formule, forte dans une île majoritairement musulmane, traduit la dimension quasi initiatique que revêt le Grand Raid aux yeux des coureurs mahorais.
À Mamoudzou, un club qui mêle marcheurs et multi-finishers
La délégation de 2026, sept coureurs, paraît modeste au regard des douze de 2025. Elle ne dit pourtant rien de la vitalité du club. En 2024, Mayotte La 1ère décrivait une structure, alors présentée sous le nom d’Union Trail et Bien-être de Mamoudzou, qui réunissait plusieurs centaines de marcheurs et de coureurs, et comptait dans ses rangs six multi-finishers du Grand Raid. Ses membres préparaient à l’époque l’UTOP, une course de 70 kilomètres dans les collines d’Antananarivo, à Madagascar, pour engranger des points en vue de futurs trails.
Le modèle tient de l’écosystème plus que de l’équipe de compétition. Le club associe des débutants et des coureurs aguerris, une logique de transmission que l’un de ses membres décrivait comme une « alchimie » entre ceux qui ont déjà fait plusieurs fois la Diagonale et ceux qui commencent. Le parallèle avec le monde associatif de la randonnée en métropole vient spontanément : la pratique loisir et le défi extrême y cohabitent, et les seconds servent de locomotive aux premiers.
Cette dynamique s’inscrit dans un essor plus large de la course nature sur l’île. Mayotte Hebdo relatait il y a quelques années la création, par le club d’athlétisme de Mamoudzou, d’un premier trail de 12 kilomètres tracé dans les forêts du grand Mamoudzou, qui avait attiré 270 inscrits marche comprise.
L’accès au Grand Raid demeure sélectif. Les inscriptions passent uniquement par le site officiel de l’épreuve, par tirage au sort ou vente directe selon la course et le statut, résident ou non-résident de La Réunion. Les coureurs mahorais concourent comme non-résidents, au même titre que les traileurs de métropole ou de l’étranger, et doivent anticiper, car les places de la Diagonale partent vite.
Jeudi 22 heures à Saint-Pierre, puis trois jours de ferveur
Le Grand Raid déborde largement le cadre sportif. Durant plusieurs jours, familles, bénévoles et habitants se massent le long des parcours, de Saint-Joseph à Saint-Pierre, de Cilaos à Salazie, de Mafate à Saint-Paul, La Possession et Saint-Denis. Une grande partie de l’île vit au rythme des courses. Pour les sept Mahorais, ce soutien populaire constitue un carburant à part entière, d’autant que la délégation de Mayotte à La Réunion avait déjà accueilli les coureurs de l’ATBM à leur arrivée l’an passé.
Les regards se tourneront d’abord vers Ravine Blanche jeudi soir, où les deux engagés de la Diagonale prendront le départ sous la lumière des frontales. Les cinq coureurs du Bourbon s’élanceront plus tard, selon le calendrier échelonné de l’organisation.
Tous visent le même point d’arrivée : la pelouse du stade de La Redoute, d’ici dimanche 18 octobre. Combien des sept Mahorais y parviendront dans les délais, et la délégation de 2027 retrouvera-t-elle le niveau de 2025 ?
ATBM au Grand Raid 2026 : les repères
- 34e édition du Grand Raid du 15 au 18 octobre 2026
- Sept adhérents de l'ATBM partis de Mayotte le 12 octobre
- Deux coureurs sur la Diagonale des Fous, cinq sur le Trail de Bourbon
- Départ de la Diagonale jeudi à 22 h à Ravine Blanche, Saint-Pierre
- Arrivée de toutes les courses au stade de La Redoute, à Saint-Denis
Cet article a été rédigé avec l'assistance de l'intelligence artificielle à partir de sources journalistiques.




